Une offensive réactionnaire

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* Face au désastre climatique, le capitalisme devient autoritaire

La COP 28, sous le poids des lobbies pétroliers et gaziers, n’a pas été capable de fixer des objectifs précis et datés de sortie des énergies fossiles. Les engagements climatiques pris par les gouvernements ne permettront qu’une baisse de 2 % des émissions mondiales de GES en 2030 par rapport à 2019 au lieu des 43 % nécessaires ! Les multinationales des hydrocarbures continuent à annoncer régulièrement l’ouverture de nouveaux gisements aidés en cela par le financement bancaire. Rien qu’en France de nouveaux gisements devraient être exploités en Gironde à La Teste-de-Buch victime de mega feux à l’été 2022 ainsi qu’en Moselle avec l’exploitation du gaz de couche contenu dans les anciens gisements de charbon. Macron continue avec son double discours y compris comme donneur de leçons à l’étranger. Comme l‘a exprimé crûment Patrick Pouyanné, PDG de Total : « Je connais et je respecte l’avis des scientifiques, le problème c’est qu’il y a la “vie réelle”. […] Cette transition, elle prendra du temps. […] Je dois assurer la sécurité d’approvisionnement au coût le plus efficace. ».

En résumé nos profits d’abord et pour la planète on verra plus tard. Or les profits des multinationales n’ont jamais été aussi élevés. Le pillage des ressources ne se limite pas aux hydrocarbures : il faut y ajouter les minerais, encore plus indispensables avec la transition énergétique, le bois, le sable, les ressources halieutiques … Les populations locales, y compris les peuples indigènes dont les territoires regorgent de ces ressources, supportent de moins en moins les ravages provoqués à l’environnement, l’accès à l’eau ainsi que sur leur santé. Les inondations et submersions d’un niveau jamais vu tout comme les sécheresses remettent en cause les possibilités d’habitation d’un certain nombre de territoires.

La conscience de la catastrophe écologique en cours est planétaire. Si les oligarchies continuent à promouvoir leur mode de production et leur mode de consommation destructeur ce n’est pas par méconnaissance des conséquences. C’est par égoïsme et par conviction que eux pourront toujours se donner les moyens de s’en sortir. Mais pour cela ils doivent empêcher la révolte des peuples. Une hausse de salaire peut toujours se récupérer notamment avec l’inflation. Les conditions de travail fluctuent au gré des décennies selon les rapports de force du moment. Mais reculer sur des projets comme les méga-bassines, l’exploitation des hydrocarbures, l’extraction minière ou l’exploitation des ressources naturelles, c’est céder sur la remise en cause du modèle productiviste. Cela impacte trop en profondeur le moteur même du système capitaliste. Les 30 glorieuses ont permis un partage des fruits de la croissance et l’accession au pouvoir de forces social-démocrates. Mais aujourd’hui il n’est plus question de laisser la moindre marge de négociation concernant les enjeux écologiques. D’où la violence qui se déchaîne allant jusqu’au meurtre contre les défenseurs de l’environnement dans tous les pays du monde, la multiplication des dispositifs de surveillance et la criminalisation des activistes écologistes y compris en France.

* Nous sommes entrés dans une phase réactionnaire à l’échelle planétaire

Les conflits armés, la pauvreté, les premières conséquences du dérèglement climatique poussent les êtres humains à migrer à la recherche de conditions de vie plus dignes. Les réseaux de trafic de drogue et de prostitution se mondialisent eux aussi pour élargir leur marché et contourner les systèmes de contrôle existant. Dans des pays jusque là plutôt d’émigration que d’immigration, des forces politiques surfent sur cette modification pour inciter à la xénophobie. Les replis identitaires gangrènent de nombreux états. Les conflits armés se multiplient dans une grande indifférence (Soudan, Yémen, Éthiopie, Kurdistan …) avec le risque toujours présent d’un embrasement plus vaste. Les expulsions de population se répandent soulevant au mieux des indignations sans conséquences : 80 000 arméniens expulsés du Haut Karabach par l’Azerbaidjan, des milliers de réfugiés Afghans expulsés du Pakistan et d’Iran, les Rohingya expulsés de Birmanie et aujourd’hui la volonté d’expulsion des Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et Jérusalem-est par Israël.

La montée de la puissance économique de la Chine, qui a conquis de très nombreux marchés sur tous les continents, l’affaiblissement du poids économique et politique des États-Unis, le refus des pays du Sud de s’aligner dorénavant sur la morale à double standard des pays du Nord, ouvrent la voie au déroulement de la théorie de la guerre de civilisation portée non seulement par l’extrême-droite mais aussi de plus en plus par la droite. Elle oppose un occident fantasmé (comment se définit-il?), voire une soit-disant civilisation judéo-chrétienne (ce sont des pays bien chrétiens qui ont participé de la mise en œuvre de la Shoah) au reste du monde.

Dans tous les pays, l’extrême-droite, souvent liée à l’agro-industrie, soit nie le réchauffement climatique soit le relativise. Ce négationnisme climatique plus la remise en cause des droits des femmes et des personnes LGBTIQ+, le suprématisme blanc ou au minimum le racisme ainsi que l’affirmation de politiques ultralibérales ont provoqué un sursaut électoral lors de certaines élections présidentielles comme aux USA avec l’élection de Biden, Lula au Brésil, Boric au Chili, Petro en Colombie. Mais cela ne fonctionne pas lors des élections législatives et aucun de ces présidents n’a de majorité au Parlement. Impossible dans une telle situation de mener des réformes de fond ce qui a pour conséquence de décourager celles et ceux qui ont fait barrage. L’extrême-droite reprend vite l’offensive et son retour dans des pays qui ont subi l’horreur de dictatures sanguinaires en dit long sur le rejet d’une classe politique incapable d’être à la hauteur des défis du moment. En Argentine, où la pauvreté concerne 40 % de la population et où l’inflation dépasse les 100 %, la droite historique derrière Macri, précédent président de la République, a fait le choix de. l’alliance avec l’extrême-droite ultra libérale de Javier Milei. Pourtant le candidat péroniste Massa n’avait rien d’un militant de gauche. La première semaine du nouveau président a montré qu’il était bien décidé à appliquer le programme qu’il avait défendu en campagne. Au Chili, le même type d’alliance n’a pas réussi à faire valider son projet de Constitution ultra-réactionnaire mais il s’est quand même trouvé 44 % des électrices et électeurs pour l’approuver. C’est une fois de plus la démonstration qu’à l’échelle internationale, la droite est de plus en plus prête à de telles alliances. Lorsque la gauche a encore un peu d’existence elle arrive à contenir difficilement l’extrême-droite, mais ce n’est plus le cas dans les pays où la gauche s’est effondrée ou a dérivé au centre comme en Italie et en Argentine. Une grande leçon à retenir et qui doit nous faire réfléchir sur notre responsabilité de sauvegarder une force de gauche digne de ce nom en France.

Dans l’Union européenne, plus de la moitié des pays ont soit un gouvernement auquel participe l’extrême-droite (Finlande, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Italie, Malte) soit son soutien comme en Suède, soit une extrême-droite première ou deuxième dans les sondages (France, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Pologne, Estonie). Au Portugal, Chega est donné 3ème voire second avec 17-18 % des voix. Les prochains mois nous montreront quelles alliances vont être tissées au Pays-Bas après les élections législatives qui ont vu arriver en tête le candidat raciste Geert Wilders.

* En France aussi

La France était un des derniers pays à avoir maintenu un système de protection sociale. Sa remise en cause a commencé sous Jacques Chirac, puis s’est aggravée sous Nicolas Sarkozy (Inversion de la hiérarchie des normes, facilitation des licenciements, extension de l’annualisation et du forfait jours, travail du dimanche, création du statut d’autoentrepreneur), poursuivie sous Hollande (Loi El Khomry et aucune remise en cause des modifications précédentes du code du travail).

Depuis 2017, avec Emmanuel Macron président, on assiste à une casse générale de tout ce qui est services publics, politique de santé et politique sociale. Il a retenu les leçons de 2010, où malgré une mobilisation massive déjà pour une attaque contre les retraites, Sarkozy n’a pas cédé. Il a donc appliqué le même principe pour la réforme des retraites de 2023 : ne rien lâcher même face à des manifestations dans tout le pays et un rejet massif dans la population.

De nos jours, il peut donc y avoir une mobilisation importante dans la rue, le capital ne cède pas et utilise la répression pour décourager les gens de manifester. Il ne recule que lorsque ses intérêts à court terme sont menacés et qu’il espère pouvoir reprendre la main ensuite : grève des travailleurs de l’automobile aux USA et grève des travailleurs sans -papiers sur les chantiers des Jeux Olympiques. Mais cela ne remet pas en cause les fondations du projet ultra libéral.

Rien ne sert d’accuser les centrales syndicales de ne pas avoir été à la hauteur. En 36 et 68 il n’y a pas eu de mot d’ordre de grève générale lancé par les syndicats. Ce sont les travailleurs qui se sont lancés dans la grève et les centrales syndicales ont suivi. Mais aujourd’hui le salariat est morcelé par des statuts différents sur un même site de production et avec des concentrations de travailleurs bien moins importantes. La lutte est donc plus difficile d’autant que le rapport de force dans la société s’est aussi dégradé. Il n’y a plus eu de grande victoire sociale depuis 1995 et cela pèse énormément sur les luttes.

* L’oligarchie a mis la main sur les médias

Dans tous les pays, la concentration des médias et le coût d’un hebdomadaire ou mensuel papier laissent la voie libre aux discours de l’oligarchie. Ces dernières années, nous assistons aussi dans de nombreux pays à l’apparition de médias d’extrême droite, journaux radios et télés, n’hésitant pas à utiliser des fake news et même des faits alternatifs.

En France la bourgeoisie a eu la peur de sa vie avec les 22 % obtenus à l’élection présidentielle par Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise. Aussi aujourd’hui la ligne plutôt le RN que la FI s’étale sans vergogne dans tous les médias mainstream. Vincent Bolloré, catholique convaincu que les racines chrétiennes de la France sont en danger, a constitué le groupe de médias le plus puissant avec une radio Europe 1, une télé CNews, des journaux comme le JDD et Paris Match qui lui permettent de déverser en continue ses pensées réactionnaires. C’est ainsi qu’il a poussé la candidature d’Eric Zemmour à la présidentielle. Il n’hésite pas non plus à multiplier les procès contre les médias ou les acteurs associatifs qui osent s’opposer à lui et dénoncer ses méthodes ou son business. Une étude a montré que seuls 21 % des téléspectateurs des journaux télévisés des chaînes d’info en continu (BFM, CNews, LCI, France Info) avaient voté pour un candidat de gauche en 2022 avec des records historiques d’audience pour CNews et LCI. Ne pas oublier que les 3 premières sont diffusées en continu dans beaucoup de cafés.

On sait qu’ils ne nous feront aucun cadeau. Il suffit de voir qu’ils ont osé accuser Dominique de Villepin d’antisémitisme en ajoutant à ses propos un mot qu’il n’a jamais prononcé. S’ils osent faire cela avec un ancien premier ministre de droite, rien ne les arrêtera contre la France Insoumise.

Donc rien ne sert de s’étonner, de se scandaliser. Mais ne jamais oublier que sur les réseaux sociaux, rien ne s’efface. Tout couac est détourné et utilisé pendant des mois contre la FI. Les plaintes à l’Arcom ou en justice sont rarement instruites ou traînent pendant des années. Et malheureusement ce bashing matin et soir ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur l’opinion publique. Nous en voyons les résultats dans les sondages d’opinion.

Nous avons indéniablement franchi un cran de plus. La moindre insulte, le moindre tag, la moindre menace contre quelqu’un de Renaissance ou LR entraîne immédiatement de grandes déclarations dans les médias, l’ouverture d’une enquête de police voir judiciaire. A côté, les nôtres peuvent se voir attribuer des propos qu’ils n’ont pas tenu, être victimes d’attaques racistes, sexistes, menacés de mort, agressés physiquement (René Revol, Ugo Bernalicis …) voir leur maison brûler comme pour un militant Insoumis des Vosges, pas un mot de solidarité, pas une condamnation. Nos plaintes en justice tombent dans un puits dans fonds.

Nous ne pouvons compter que sur la solidarité entre militants et sur l’autodéfense des nôtres. Il est donc d’autant plus important d’éviter toute situation d’isolement politique.

La NUPES était la bonne stratégie.

Après l’excellente campagne de Jean-Luc Mélenchon, il y avait une petite possibilité de remporter les législatives. Ne pas essayer nous aurait été reproché et aurait désespéré toutes nos électrices et électeurs et toutes celles et ceux qui luttent. Le fait d’avoir un programme commun, enrichi par beaucoup de propositions des réseaux syndicaux et associatifs, a entraîné de nombreux électeurs hors parti.

La NUPES a permis à EELV d’avoir un groupe à l’assemblée nationale sinon comme en 2017 il n’y aurait eu aucun député, au PS et PC d’avoir un groupe et pas seulement quelques députés, et à la FI d’avoir beaucoup plus de députés. Donc toutes les forces politiques de la NUPES ont été gagnantes.

PC, PS, EELV ne rêvent que de faire une alliance anti FI ? Oui mais chacun croit pouvoir écraser les autres à son profit. Or tous se font des illusions :

PCF : Roussel s’illusionne avec sa bonne image personnelle due pour beaucoup à de l’électorat de droite qui ne votera jamais pour lui. Il n’y aura jamais de majorité pour voter pour un parti qui s’appelle « communiste ». C’est la dure réalité même si elle peut être désagréable à entendre pour le PCF. Et les sondages des européennes, avec toutes les réserves qu’on peut faire surtout à tant de distance de l’élection, montrent bien la limite de la stratégie utilisée.

EELV : outre qu’aux élections nationales, présidentielle et législative, les Verts n’ont jamais réussi à faire des scores significatifs, le moment propice pour eux est terminé. Quand on regarde les scores dans les autres pays de l’Union européenne, on voit une baisse très nette du vote écolo. Le lancement de leur campagne électorale montre une volonté de s’adresser en priorité à l’électorat centriste de Macron déçu par le manque d’actions écologiques. Mais sur ce segment électoral il y a Glucksmann qui fait nettement moins peur aux classes moyennes et supérieures.

PS : Il faut reconnaître à Olivier Faure un vrai sens tactique. Mais il reste entravé dans ses marges de manœuvre par le manque de majorité claire et stable au sein de son propre parti. L’imposition de Raphaël Glucksmann comme tête de liste aux européennes par la partie la plus droitière de ce qui reste du PS va le fragiliser car la ligne « Hollande » est bien décidée à lui faire la peau surtout en cas de score honorable aux européennes et à ré-ancrer de manière définitive le PS au centre gauche.

* Du barrage républicain contre le RN à l’alliance de la bourgeoisie contre la FI

Le deuxième tour des législatives aurait dû nous alerter beaucoup plus. Très clairement dans de nombreuses circonscriptions, lorsqu’un candidat de la NUPES faisait face au RN, quelque soit le parti car il n’y a pas eu de différence, la droite et les macronistes ont voté massivement pour le RN alors que les fois précédentes le vote se partageait entre abstention, vote blanc et même vote contre le RN. En 2022 cela n’a pas été le cas. L’exemple le plus flagrant est celui de Caroline Fiat (61,36 % au second tour en 2017, 50,23 % en 2022). Il est à craindre qu’aujourd’hui cela puisse être encore pire.

La question identitaire, utilisée par l’extrême-droite et manipulée par certains médias et une partie de la droite, a hélas tendance à prendre le dessus sur les questions sociales. Des électeurs qui se retrouvent totalement dans les propositions sociales de la FI vont voter RN sur la seule base de cette question identitaire. Il faut reconnaître que nous avons perdu du terrain dans la bataille culturelle. Comme le dit Edgar Morin « le grand remplacement est celui des idées humanistes et émancipatrices par les idées suprémacistes et xénophobes ». A l’Assemblée le RN a voté la moitié des textes du gouvernement et Renaissance leur tend de plus en plus des perches. On pouvait penser que la manifestation du dimanche 12 novembre aurait été le point d’orgue de cette banalisation du RN hissé au rang de grand défenseur de la lutte contre l’antisémitisme avec les félicitations de nombreuses figures politiques de la droite. Mais la recherche à tout prix d’un accord pour faire passer la loi immigration a amené Renaissance à aller encore plus loin dans l’ignominie en acceptant des mesures de préférence nationale, reprenant ainsi une vieille revendication de la famille Le Pen.

Nous savons donc maintenant très clairement que la France n’est plus à l’abri d’une victoire du RN si cela apparaît à la bourgeoisie comme la seule solution pour éviter la remise en cause du modèle économique en vigueur. Il faut donc empêcher Le Pen d’accéder au second tour. Pour cela il faut dessiller les yeux de celles et ceux qui croient à son pseudo discours de défense des classes populaires en dénonçant constamment les votes du RN dans les parlements nationaux et européens en défense du système économique et social. En cas de victoire de Le Pen, même sans majorité au Parlement, celle-ci pourra utiliser les moyens de la 5è République dont Macron a montré toutes les possibilités antidémocratiques. La police lui étant d’ores et déjà acquise, la répression pourra encore s’accentuer contre toutes celles et ceux qui oseront s’opposer à ses politiques.

* Face à la menace Le Pen nous devons tout faire pour reconstruire le rapport de force.

Le passage d’une phase d’ascension politique à une phase de stagnation doit nous amener à réfléchir sur comment agir.

Pour exister au détriment des autres, chacun y va de sa petite phrase, voire de l’insulte, anti Mélenchon et anti FI. C’est insupportable. Mais réagir dans le même registre n’amène à rien. Cela a surtout comme conséquence au niveau militant de sectariser ou de décourager et au niveau grand public de mettre tous les politiques dans le même paquet : ils se valent tous.

Le but n’est pas de retourner à une ligne social-démocrate molle, ce serait l’assurance d’un échec total. Il s’agit à partir d’un socle existant, inférieur au 22 % de la présidentielle de 2022 qui était la conjugaison d’un vote de conviction et d’un vote de raison, d’élargir notre audience. Ne pas abdiquer nos convictions mais savoir les défendre en positif, en donnant envie. Rassembler sur une ligne claire mais sans excommunication contre celles et ceux qui hésitent. Nous ne sommes plus à l’époque « d’électorats captifs » comme il a pu en exister à une époque où l’électorat de gauche était très délimité. Après les déceptions des gouvernements socialistes Mitterrand puis Jospin, celui de François Hollande de soumission au capital, aura achevé l’espoir que la « gauche » puisse changer la vie. C’est sur la base de cette réalité, que la FI a été construite, pour offrir un horizon à toutes celles et ceux qui refusaient de se vautrer dans le libéralisme. C’est parce que nous avions compris le rejet du PS dans la population que nous avons refusé aux législatives de 2017 de passer quelque accord que ce soit avec lui. Les résultats nous ont donné raison puisque nous avons obtenu 17 députée.s sur nos propres forces alors que EELV par exemple n’en obtenait aucun malgré son accord avec le PS. De même aux municipales de 2020 puis aux régionales nous avons mis comme préalable la rupture avec les politiques libérales. Cela nous a empêché d’avoir beaucoup d’élu.e.s ? C’est vrai, nous avons fait passer les convictions politiques avant les postes. C’est cette clarté qui explique aussi la confiance qui ensuite a pu s’exprimer dans le vote FI. Mais si la majorité de la population se retrouve dans nos propositions notamment sociales, beaucoup hélas ont du mal à croire à la possibilité de leur réalisation. Nous continuons à payer les renoncements de la gauche qui a gouverné.

Il faut nous adresser aux travailleuses et travailleurs et aux habitants des quartiers populaires mais aussi aux milieux ruraux. De nombreuses luttes s’y développent contre la fermeture des services publics (hôpitaux, maternités, ligne de chemin de fer …) qui permettent de faire le lien avec les quartiers populaires qui vivent la même réalité. C’est aussi dans cet espace qu’ont lieu les affrontements qui remettent en cause le modèle capitaliste pour un autre modèle agricole et contre les projets écocides (bassines, déforestation pour installer des fermes solaires, autoroutes …). Développer le militantisme dans ces zones permet de contenir le nombre de députés du RN. Les mobilisations pour les services publics et contre les attaques à l’environnement qui se déroulent en milieu rural sont des moments privilégiés de politisation dans des zones où les fermetures d’usines ont souvent réduit l’espace militant et où bien souvent il existe plus de syndicalistes retraités que de syndicalistes en activité.

* Le problème n’est pas d’être pessimiste ou optimiste mais d’être lucide

Nous devons tout faire pour ne pas nous retrouver dans la même situation que les fois précédentes : un second tour opposant Le Pen à un candidat de droite qui verrait une campagne de surenchères racistes et réactionnaires. Il est indéniable qu’avec un seul candidat de la « gauche » au premier tour, Jean-Luc Mélenchon aurait été présent au second. A celles et ceux qui expliquent que lorsque la gauche a gagné les fois précédentes il y avait plusieurs candidats au premier tour, c’est avoir une vision totalement statique de l’histoire. Le contexte n’est plus le même. Nous sommes maintenant dans une tri-polarisation de la vie politique avec une extrême-droite au plus haut.

Aujourd’hui il nous faut absolument construire un front politique, social et écologique pour contrer la droitisation de la société et le recours à l’extrême-droite. L’alliance des macronistes, de LR et du RN sur la loi immigration montrent que des barrières ont sauté. Une fois mis le doigt dans l’engrenage de la préférence nationale défendu par le RN et avant le FN et son ancêtre Ordre Nouveau, plus rien ne pourra l’arrêter. Il n’est qu’à voir la jubilation de Le Pen à l’Assemblée. Dorénavant on peut parier qu’à chaque loi ils vont essayer de pousser leur avantage.

En sombrant dans cette compromission avec le RN afin d’obtenir un vote positif pour ensuite expliquer que cette loi immigration contient des dispositions contraires à la Constitution, Macron Borne et Darmanin aggravent le rejet de la politique tout comme la montée du RN.

Rien n’est encore joué. Mais il faut reconnaître que la situation n’est pas bonne et en tirer les leçons dans nos choix d’actions et d’expression. Se taper dessus entre militants Insoumis.e.s est totalement contre-productif. Amoindrir nos propositions pour être bien vus de ceux qui ont failli précédemment n’est pas plus efficace. Dans cette situation angoissante et difficile, nos député.e.s sont reconnu.e.s pour la fermeté de leurs convictions, leur présence sur le terrain et auprès des luttes. A nous de nous appuyer sur cela pour collectivement accentuer notre implantation dans tout le pays.

Cette séquence de la loi immigration provoque une aspiration large à l’action de toutes celles et ceux qui refusent de baisser les bras devant cette politique nauséabonde. La France Insoumise a fait une proposition. J’espère que toutes les forces syndicales, associatives et politiques sauront se retrouver pour organiser la riposte.


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