2017-2022 : deux contextes, deux stratégies

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Rappel sur le contexte de 2017

Le 2 décembre 2016 François Hollande renonce à se présenter à sa réélection comme Président de la République. C’est une première sous la 5ème République. Cette décision est le résultat des politiques menées pendant les cinq ans de sa présidence. Commencé par la trahison de son mensonge, « mon ennemi c’est la finance », son quinquennat aura été marqué par la mort de Rémi Fraisse à Sivens en 2014, Bernard Cazeneuve étant ministre de l’intérieur, le développement des bus Macron pour concurrencer le rail pourtant bien plus écolo, l’extension du travail de nuit et du dimanche au détriment de la santé et de la vie de famille des travailleurs, et encore plus des travailleuses, défendus par Macron ministre de l’économie, la loi El Khomri en 2016 sous Manuel Valls premier ministre avec une répression des manifestations qu’on n’avait pas vu depuis longtemps, le passage aux 43 ans de cotisation pour liquider sa retraite sans oublier la déchéance de nationalité etc.

Si le rejet de son quinquennat était tel et tout particulièrement dans les rangs de l’électorat de gauche et écologiste, comment pouvait-on imaginer un rassemblement avec Hollande pour les élections de 2017 ?

Et pourtant certains l’ont imaginé. Début janvier 2016 paraît dans Libération un appel pour une primaire de gauche de Hollande à Mélenchon. Je me souviens de notre stupéfaction au Parti de Gauche de voir que toutes les forces se réclamant de la gauche et des écologistes se précipitaient dans des réunions pour mettre cela en œuvre. Cela nous semblait irréel qu’on ait dénoncé les politiques menées pendant 5 ans, manifesté dans la rue sous les gaz lacrymogènes et les coups, soutenu les salarié.e.s et les militants associatifs de l’écologie qui se battaient contre ces politiques pour ensuite venir leur dire on oublie tout et on part tous ensemble. Pour nous une telle reddition revenait à tuer tout espoir et à renforcer le discours déjà très présent sur les politiques déconnectés du terrain et qui ne s’intéressent qu’à leurs postes.

Nous avons alors pris nos responsabilités. Il était urgent de bouger et de dire qu’il y avait un autre choix, un choix de luttes, de refus des renoncements, un choix d’espoir. Jean-Luc Mélenchon avait une émission de télévision prévue le 10 février. Il a donc été décidé d’annoncer sa candidature à cette occasion et de lancer la France Insoumise le 16 février. Pendant ce temps le reste des forces de gauche recherchait un candidat commun. Le 18 juin le Parti Socialiste appelait à une primaire commune de toute la gauche de gouvernement. On sait comment cela s’est terminé, avec la victoire de Benoît Hamon entraînant le départ vers Macron de nombreux candidats trahissant leur engagement à se ranger derrière le vainqueur.

Le Parti Communiste rejetait l’idée de s’associer à la candidature de Mélenchon par un vote de son conseil national le 5 novembre 2016 malgré le soutien de son secrétaire national d’alors, Pierre Laurent. Cette décision était renversée par un vote des adhérents à la fin novembre. Dix mois donc après le lancement de la campagne de la France Insoumise et 5 mois avant le premier tour de la présidentielle, le PCF rejoignait la campagne de Mélenchon.

Les législatives de 2017 se présentaient donc dans un contexte d’effondrement du PS où Hamon, candidat du PS et de EELV, n’avait obtenu que 6,36 % face aux 19,58 % de Jean-Luc Mélenchon candidat de la France Insoumise et du PCF.

Nous avions tiré la leçon des législatives de 2012, ne pas avoir de campagne nationale revenait à être invisible. Ensuite l’analyse que nous avions fait pour la présidentielle était toujours valable : tout rapprochement avec le PS, tout accord, serait vu comme une trahison par toutes celles et ceux qui avaient eu à subir les 5 ans du quinquennat Hollande. Or EELV avait un accord avec le PS, ce qui rendait impossible tout autre accord . Pour ce qui est du PCF j’ai déjà raconté sur ce blog ce qui s‘était passé.

Les résultats ont montré que l’analyse que nous faisions du rejet du PS était au-delà même de ce que nous pensions puisqu’il est passé de 280 élu.e.s en 2012 à 30 en 2017, un chiffre jamais atteint depuis 1958. Et EELV a été entraîné dans cette débâcle au point même que dans la circonscription dont Nöel Mamère était député, sa suppléante PS devenue la titulaire avec lui en suppléant, n’a pas pu résister à Loïc Prud’homme le candidat de la FI. Je dois avouer qu’à l’époque je n’avais pas anticipé cela.

La position de la France Insoumise n’avait donc rien à voir avec le sectarisme, juste avec une analyse de la situation politique du moment.

2022 la NUPES un changement de stratégie ?

Cette fois-ci c’est Macron qui était sortant avec un bilan très clair : régressions sociales, répression accrue, absence de politique écologique.

Dans ce contexte, les sommations à l’Union de la Gauche ont réapparu avec encore plus de force qu’en 2012. Mais le bilan du quinquennat de Hollande n’était pas purgé. Il était impossible de tourner la page et de faire comme si tout était clair maintenant du côté du PS. De nombreux notables socialistes continuaient à maintenir des ambiguïtés dans leur relation à la majorité gouvernementale. La méfiance était toujours là. De plus après des régionales pas trop mauvaises pour le PS, celui-ci croyait encore être la force la plus puissante à gauche. De même les résultats des européennes puis des municipales faisaient croire à EELV que son heure était enfin arrivée et que le leadership à gauche lui revenait de droit. De son côté la ligne d’affirmation identitaire du PCF avait pris le dessus. La réalité est donc qu’il n’y avait aucune possibilité d’arriver à une candidature commune dans le cadre de la présidentielle. Les tentatives de candidature autres que ce soit Christiane Taubira ou Arnaud Montebourg ont très vite fait flop.

Dans cette situation très complexe et très difficile face à Macron, la France Insoumise a considéré que le meilleur candidat pour y faire face était Jean-Luc Mélenchon. La suite nous a montré que c’était la bonne décision, d’autant qu’elle se conjuguait avec une ouverture bien au-delà de la France Insoumise par le lancement de l’Union Populaire symbolisée par son Parlement. Il est indéniable que l’acceptation par Aurélie Trouvé, ancienne porte-parole de Attac, d’en être la présidente était un signal très fort d’ouverture et d’appel aux réseaux militants hors partis à s’engager. Nous lui devons tous énormément.

On lit beaucoup que le formidable score de Jean-Luc Mélenchon est le résultat du vote utile, qu’il a en quelque sorte détourné des votes des autres candidats. Qu’il y ait eu des électeurs pour décider dans les dernières semaines, voir les derniers jours, de changer de vote c’est indéniable. Mais s’ils l’ont fait c’est parce qu’ils pensaient qu’il était possible de battre Macron, parce que ce vote était porteur d’espoir.

Comme il est difficile de nier le bon résultat de Jean-Luc Mélenchon, les opposants cherchent beaucoup d’explications pour le dévaloriser. On a eu le droit bien sûr au vote musulman, comme si les gens votaient d’abord en fonction de leur religion et pas en fonction de leur place sociale dans la société. D’ailleurs ce qui serait douteux pour Mélenchon au 1er tour ne pose pas de problème lorsqu’il s’agit de voter pour Macron au second tour face à Le Pen.

Ensuite le vote Mélenchon serait uniquement un vote de grandes villes et de quartiers populaires. Il faut souligner qu’il y a en 2022 1 165 693 inscrits de plus par rapport à 2017 et pourtant il y a 1 080 021 votants en moins, soit 4,08 points de participation en moins. Malgré cela, la candidature de Mélenchon a obtenu 652 569 voix en plus, soit 2,37 points en plus. Sauf qu’en 2017 il n’y avait pas de candidature Roussel puisque le PC participait à la candidature de Mélenchon donc il faut comparer à périmètre égal avec Mélenchon 21,95 % + Roussel 2,28 % = 24,23 % en 2022 soit 4,65 points en plus face à Hidalgo 1,78 + Jadot 4,63 % = 6,38 % soit quasi exactement le score de Hamon 6,36 % candidat PS-EELV en 2017. Si donc on compare 2017 et 2022 on peut dire que la candidature de Mélenchon n’a pas empiété sur celle du bloc PS-EELV. Évidemment ce n’est pas si simple car il est à peu près sûr qu’il y a eu des mouvements d’un bloc à l’autre et y compris vers ou en provenance d’autres candidats.

Cela montre que la relativisation de cette progression au nom d’un vote utile au sein de l’électorat de gauche est surtout l’expression du refus de reconnaître que le vote Union Populaire a su convaincre de nouveaux électeurs.

Pour les législatives, le contexte est différent de 2017 puisque ce n’est pas le PS qui est sortant mais Emmanuel Macron qui en 2022 n’a plus l’avantage de la nouveauté mais au contraire un bilan très négatif dans toutes les dimensions, sociale, écologie et démocratique.

De plus nous avions fait l’analyse qu’en cas d’échec à la présidentielle tout l’enjeu consisterait à maintenir la mobilisation de notre camp alors que spontanément les électrices et électeurs des perdants ont tendance à se dire que cela ne sert plus à rien de se bouger pour les législatives.

L’appel à l’union sur la base d’un programme partagé avait donc tout son sens en ce qu’il répond à l’aspiration à ne pas subir 5 ans de plus de politiques libérales. Cet espoir ne pouvait se limiter à un accord sur quelques circonscriptions laissées aux uns ou aux autres. Cela n’aurait entraîné aucune dynamique. D’où la volonté de l’Union Populaire de n’accepter qu’une négociation globale, programme et accord portant sur toutes les circonscriptions.

Il y a eu beaucoup de moqueries sur cet accord programmatique venant du gouvernement ou d’opposants au sein du PS. Carole Delga a par exemple expliqué que cet accord n’était pas crédible car il y avait des désaccords importants entre les différentes forces politiques. Mais alors comment expliquer les divers accords PS-Verts en 1997, 2002 et 2012 alors que les désaccords étaient là aussi très importants ?

Selon Abel Mestre, journaliste au Monde, la NUPES serait un révélateur des faiblesses de la France Insoumise et notamment d’une implantation territoriale faible. Il n’est pas le seul à répéter cela. C’est pourtant une affirmation absurde basée uniquement sur le nombre d’élu.e.s certes faible de la FI. Mais une implantation territoriale c’est aussi le nombre de militants présents et actifs sur le terrain. Et là la FI a globalement peu de concurrence, avec de nombreux militants et notamment des jeunes avec une implantation qui ne se limite pas aux centres villes des métropoles. Il n’y a qu’à regarder le nombre de Groupes d’actions actifs déclarés sur la plateforme. A l’inverse le PS a de nombreux élus mais il lui reste très peu de militants.

La FI aurait été absente des élections locales (nous avons participé à 560 listes aux municipales, été présents dans toutes les régions sauf une aux régionales et dans de nombreux cantons aux départementales). C’est donc totalement faux mais n’empêche pas les journalistes de répéter mois après mois cette contre-vérité. Il faut aussi rappeler qu’à l’occasion de ces élections locales nous avons appelé EELV à des candidatures communes et que nous avons été rarement entendus.

Il aurait été difficile d’investir des binômes paritaires dans toutes les circonscriptions sauf au risque d’investir des candidats non implantés ou au profil sulfureux. En 2017 nous avons présenté 556 candidat.e.s, d’une moyenne d’âge de 41 ans, dont la moitié de femmes et 60 % n’ayant jamais adhéré à un parti politique, le PS en avait investi 414, EELV 459 le PC 461. Aucun.e de nos candidat.e.s n’a été l’objet d’un quelconque signalement à l’époque.

Et donc alors qu’en 2022 il ne s’agit plus seulement de la FI mais de l’Union Populaire nous n’aurions pas été en mesure de trouver suffisamment de candidat.e.s ? Quelle mauvaise foi !

Et aujourd’hui c’est plutôt la majorité présidentielle qui a quelques problèmes avec des candidats au profil sulfureux, expression utilisée par Abel Mestre. D’ailleurs cela ne se limite pas aux candidat.e.s puisque plusieurs ministres sont aussi en cause.

Quand à l’hégémonie de la France Insoumise sur les autres forces, quelques rappels chiffrés

2012 : le PS soutient EELV dans 40 circonscriptions (dans 6 d’entre elles soit 15% il y aura un dissident PS) contre un soutien de EELV dans 60 avec la promesse pour EELV d’avoir 15 député.e.s pour former un groupe. Au passage d’ailleurs il faut souligner qu’en général dans les accords PS-Verts ce sont des circonscriptions à gagner sur la droite qui sont laissées. Au final EELV obtient 17 député.e.s et le PS 280 soit 5,72 % des élu.e.s pour EELV contre 97,27 % pour le PS dont 1 dissident contre EELV.

Dans l’accord de la NUPES, EELV obtient 100 circonscriptions. Au moment où j’écris, les sondages donnent de 20 à 30 député.e.s pour EELV donc bien plus qu’il n’en a jamais obtenu dans un accord avec le PS.

Le programme partagé entre l’ensemble des forces participant à la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale, NUPES, a été présenté à la presse le 19 mai mais s’est heurté à un quasi silence de la part des principaux médias. Le 30 mai a été mis en place le Parlement de cette NUPES, rassemblant des représentants de toutes les forces mais surtout des syndicalistes, des militants associatifs, des intellectuels, des artistes dont plusieurs sont venus exprimer leur joie de voir ce rassemblement des forces politiques et sociales qu’ils appelaient de leurs vœux depuis bien longtemps.

Gouvernement Borne : à peine installé et déjà dans la tourmente

Macron a pris son temps pour proposer un nouveau gouvernement. Il est significatif qu’il ait été prêt à prendre comme première ministre Catherine Vautrin, ancienne ministre de Jacques Chirac et participante aux manifestations de la Manif pour tous contre le mariage pour tous et n’ait reculé que devant la fronde de dirigeants de LREM.

Mais sa volonté de faire des coups politiques et d’affaiblir ses adversaires en débauchant ici et là a tourné court. Impossible pour lui de trouver un profil écolo acceptant d’entrer dans son gouvernement. Il faut dire que l’expérience malheureuse de Nicolas Hulot, l’inertie écologique du gouvernement quand ce n’est pas la régression a douché plus d’une tentation et l’annonce de la relance du nucléaire a certes été avalée par sa ministre sortante Barbara Pompili prête à tout accepter pour être ministre, mais n’a pas convaincu celles ou ceux qui ont encore quelques convictions écolo.

Au final peu de renouvellement avec une domination des ministres issus de la droite pour ce qui est des ministères régaliens, Intérieur où se maintient Gérald Darmanin, Armées avec Sébastien Lecornu, Affaires étrangères avec Catherine Colonna, Finances où continue Bruno Le Maire.

La tactique de Macron consiste à dépolitiser au maximum ces législatives, en ne prenant aucune initiative et en avançant le moins possible de propositions pour ne pas offrir d’angles d’attaques. On aura rarement vu un président nouvellement élu avoir si peu d’initiatives. Il espère ainsi démobiliser l’opposition. Mais il n’avait prévu ni le scandale provoqué par la nomination de Damien Abad accusé de viols, ni l’incapacité de son ministre de l’intérieur Gérald Darmanin et du préfet de police, de gérer autrement que par la matraque et les lacrymos les supporters lors de la finale de la Ligue des Champions au Stade de France au point de faire honte à notre pays à l’échelle internationale. Les mensonges utilisés pour cacher cette incurie ne font que rajouter au scandale.

C’est pour contrecarrer cette volonté d’invisibiliser les enjeux des législatives et montrer que l’élection présidentielle ne signifiait pas la fin de toute possibilité de renverser le rapport de force que Jean-Luc Mélenchon dès le soir du premier tour de la présidentielle annonçait qu’il fallait voter pour lui comme premier ministre. Bien évidemment qu’il sait parfaitement que le premier ministre n’est pas élu. Ceux qui ont foncé la tête baissée pour s’exclamer c’est absurde ont surtout montré leur faiblesse en terme de tactique politique.

Le maintien de la mobilisation sur le terrain de toutes les équipes de la NUPES et le bon accueil dans les quartiers populaires ainsi que dans ceux historiquement favorables à la gauche, montrent l’aspiration à cette victoire aux législatives.

Oui nous avons la possibilité de faire l’histoire le 19 juin en remportant la majorité à l’assemblée nationale car la dynamique et l’espoir sont avec nous. Il n’y a qu’à voir la panique qui est en train de saisir le gouvernement et sa majorité qui ne l’est plus pour très longtemps. Tout dépend de la mobilisation des jeunes et des classes populaires.


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