C’est la faute à la FI

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Premier bilan des municipales 2026

Les municipales ne sont pas une élection nationale. Les spécificités locales peuvent peser fortement et expliquer des résultats qui autrement pourraient paraître surprenants. Aussi les moyennes sont très trompeuses. Quel rapport entre les 1046 communes de plus de 10 000 habitants où réside seulement la moitié de la population et les 24 854 de moins de 1 000 habitants ?

Des grands traits qui font la spécificité de 2026 : fragmentation et abstention

* La fragmentation de l’espace politique, présente au niveau national, se retrouve au niveau local. On note un net recul des étiquettes de partis au profit de DVG DVD Divers sans compter les SE (sans étiquette) des petites communes. Ceci indépendamment de la valse des étiquettes du Ministère de l’intérieur. Il a en effet réussi à les changer pour une même liste sans fusion entre les deux tours .

* La poursuite de la montée de l’abstention. Ecartons la comparaison avec 2020 marquée par une très forte abstention liée à l’épidémie de Covid-19. En 2014 Le Figaro avait pu écrire Les Français ont boudé massivement l’élection municipale avec un taux d’abstention record de plus de 36%. Du jamais vu sous la Vème République pour un second tour.

En 2026, elle a atteint 42,18 % au second tour soit 6 points de plus. Il sera intéressant de voir quelle a été la conséquence sur l’abstention de l’extension d’obligation de scrutin de liste dans les communes de moins de 1 000 habitants.

Par contre, il semble que l’existence d’un enjeu lors du second tour provoque une hausse de la participation de 1 à 3,5 points en général et plus dans quelques cas. Par exemple au Blanc-Mesnil on assiste à une hausse de 7,69 points devant l’espoir, réalisé, de virer le maire UMP tendance Zemmour présent depuis 2014.

Les clichés sur l’abstention plus forte dans les villes populaires sont parfois battus en brèche. Ainsi l’abstention est plus forte à Tourcoing (64,41%), ville de Darmanin, qu’à Roubaix (62,52%) ville où David Guiraud FI vient d’être élu maire (même au 1er tour il y a un point d’écart).

Porosité entre l’électorat de droite et d’extrême droite

Les élections législatives de 2022 l’avaient déjà esquissé lors des seconds tours face à des candidats du NFP. Ces municipales montrent que cela est devenu la norme. Lorsque la liste du RN se maintient face à un candidat de gauche, elle perd systématiquement une fraction significative de ses voix qui se reporte sur le candidat de droite.

On a aussi pu observer, pour la première fois ?, des élus de droite appelant ouvertement à voter pour le RN. A Perpignan par exemple, l’ancien maire LR a appelé a voté pour le maire RN sortant Louis Aliot. Il lui a ainsi permis d’être élu dès le premier tour. Sa condamnation peut pourtant l’obliger à démissionner dans quelques mois pour inéligibilité. A l’inverse, les scores des listes RN chutent massivement au deuxième tour lorsqu’il s’agit de faire barrage à la gauche.

Le RN essaime autour de ses bastions comme dans le bassin minier du Nord avec le gain de 14 communes dont Liévin bastion, socialiste depuis 80 ans. Il fait aussi des incursions dans d’autres régions. Son ancrage territorial se confirme avec la réélection systématique des maires sortants y compris ceux ayant des problèmes avec la justice. La seule exception est Villers-Cotterêts acquise en 2020 et perdue cette fois-ci. Il n’y a plus aucune candidature de gauche dans cette ville (en 2014 le Front de Gauche faisait 6,13 %).

Il arrive aussi à faire basculer des villes hors de sa zone de confort comme Carcassonne et Castres. Ou bien La Seyne-sur-Mer dans un contexte de condamnation pour prise illégale d’intérêts de la maire sortante de droite.

Certes le réflexe anti RN existe encore dans les grandes agglomérations comme Marseille ou dans les banlieues populaires.

Les reproches fait à la FI

* oser se présenter aux élections : les Verts ont longtemps présenté leurs propres listes au 1er tour des municipales. C’est ainsi qu’ils ont peu à peu construit un espace politique. Mais à l’époque à 5 %, le PS leur proposait une fusion pour le second tour. Et les fois où ce dernier a refusé, il a vite compris qu’il valait mieux éviter de recommencer. En 2001 à Epinay-sur-Seine dans le 93, ville socialiste depuis 1947, Bruno Le Roux maire sortant et responsable aux élections du PS refuse la fusion avec la liste des Verts qui a obtenu 15,95 % au 1er tour. Ceux-ci décident donc de se maintenir. Bruno Le Roux est battu.

C’est donc plutôt cette séquence avec une stratégie de ralliement quasi général de EELV derrière le PS ou dans quelques cas derrière le PC (ce qui arrivait très rarement avant) qui est nouvelle.

Comme l’ont fait les Verts pour s’enraciner dans le champ politique, la FI, nouvelle force politique depuis 2016, se présente aux élections municipales.

* se présenter dans des villes de gauche :

Le PCF et le PS nous ont beaucoup fait ce reproche. La FI s’est présentée dans plus de 500 communes sans compter quelques villages. Sachant qu’il y a 640 communes de plus de 15 000 habitants, cela concerne forcément des villes de gauche. Et PS et PCF n’ont pas hésité certaines fois, et encore pour ces municipales, à se présenter face à face. Pourquoi donc faudrait-il dénier ce droit à la seule FI ?

De plus le PS a théorisé l’alliance PS-PC-EELV sans la FI. Il est donc inouï de venir ensuite nous reprocher de nous présenter.

Quant au PCF son positionnement variait selon son intérêt local. Petit rappel avec quelques exemples : Paris, Ian Brossat commence par faire campagne pour une liste avec l’Après voire EELV. Seuls les naïfs ont pu y croire car le PCF est toujours parti au premier tour avec le PS. Cela permet de faire monter les enchères et d’arracher suffisamment de sièges de conseillers de Paris pour garantir le maintien d’un sénateur. Amiens : Léon Deffontaines lui aussi annonce sa liste rejointe par Debout, le mouvement de François Ruffin, pour mieux se rallier ensuite au PS.

A Fougères, lors de la fusion de second tour, la liste d’Union de la gauche menée par une candidate du PCF a accepté d’exclure une candidate de la France Insoumise pour pouvoir négocier avec la liste socialiste. Tout cela pour se faire battre !

A Guyancourt dans les Yvelines (ville PCF puis PS depuis la Libération), la liste FI avec 21,65 % au premier tour soit 1958 voix a proposé au maire DVG de fusionner face au risque de victoire de la droite. Il s’est heurté à un refus. La liste a alors pris ses responsabilités et décider de se retirer pour éviter la bascule. Le maire sortant a été réélu avec un peu plus de 200 voix d’avance. Si la FI s’était maintenue la ville basculait à droite.

Au second tour d’ailleurs, la fusion des listes de gauche dont la tête de liste est PS ou PC avec les listes FI ne s’est éventuellement faite que lorsque PS et PC espéraient gagner ou parfois ne pas perdre la ville dont ils étaient sortants.

A contrario l’accord FI-PC dans le 93 a été mutuellement avantageux permettant de garder des villes avec des maires PCF, de gagner des villes pour la FI et globalement avoir plus de conseillers municipaux pour les deux partis. Ce sera très utile pour les luttes à venir.

https://linsoumission.fr/2026/03/20/22-mars-municipales-perceee-lfi-essai/

Le boulet n’est pas celui qu’on croit

La FI serait un boulet pour la gauche dixit Oliver Faure. Manuel Bompard a écrit un bilan auquel je vous renvoie qui répond à ces accusations https://manuelbompard.fr/2026/03/percee-insoumise-et-bobards-mediatiques/

Le PS a évidemment tout intérêt à focaliser l’attention sur les quelques villes où, malgré la fusion entre les listes menées par le PS et celles menées par la FI, la victoire n’a pas été au rendez-vous.

Cela lui permet de faire oublier les nombreuses villes qu’il gérait depuis des décennies et qui soit au premier soit au second tour ont basculé à droite ou pire encore à l’extrême-droite.

C’est d’ailleurs Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, qui le reconnaît lui-même dans son bilan des municipales : « les alliances avec la FI n’ont pas davantage fait perdre la gauche lorsqu’elles se sont passées que l’inverse. Des villes sont maintenues avec la FI (Lyon, Nantes, Grenoble, Tours) comme sans (Paris, Marseille, Lille, Rouen), des villes sont perdues avec (Clermont-Ferrand, Brest, Avignon, Tulle) comme sans (Bordeaux, Creil, Vaulx-en-Velin) fusion avec la FI. Il n’y a pas de règles générales….

La réalité c’est que l’intransigeance face à la FI ne permet pas de gagner. Et les défaites encaissées l’auraient été sans la FI car nous n’étions pas en dynamique au premier tour, souvent en deuxième position (Brest) ou en 3ème (Toulouse ou Limoges). Dans toutes les villes où nous étions en tête du 1er tour nous avons gagné au 2nd tour. Par ailleurs, il faut noter qu’il valait en général mieux une fusion qu’un désistement : dans la majorité des cas, la fusion de LFI derrière le PS a permis de dépasser la somme des voix des deux blocs, en moyenne de 14 %, alors qu’un désistement de LFI au profit du PS n’a permis qu’une augmentation moyenne des voix de 7%.

Ainsi en Occitanie, région dominée par Carole Delga PS farouche opposante à la NUPES puis au NFP, Foix dans l’Ariège et Figeac dans le Lot, socialistes depuis la Libération, basculent à droite sans que la FI n’y ait aucune responsabilité. Sans oublier sa propre commune Martres-Tolosane où sa liste est battue et elle-même non élue.

En Normandie, dans l’Orne, les trois principales villes qui avaient des maires PS passent à droite : Flers et Argentan (PS depuis 1989) dès le premier tour et Alençon PS depuis 2008 est gagnée par la droite au deuxième tour. A noter que dans cette ville une liste NPA-militants FI obtient 15,20 % au premier tour et 13,56 % au deuxième obtenant ainsi 2 élus. A Flers le maire avait quitté le PS pour rejoindre Cazeneuve et à Alençon pour rejoindre Rebsamen.

Cherbourg, ville de Bernard Cazeneuve maire jusqu’en 2012, avec des maire issus du PS depuis 1997, bascule à droite.

Dans le Puy-de-Dôme, le PS perd Clermont-Ferrand, socialiste depuis la Libération ainsi que Cournon-d’Auvergne idem sauf 1 intermède d’un mandat.

En Bourgogne-Franche-Comté, c’est la ville du Creusot en Saône-et-Loire qui est perdue par le PS pendant qu’à Héricourt en Haute-Saône le PC bat le maire PS sortant (au fait c’est le même PC qui reproche à la FI de se présenter dans des villes de gauche?). Par contre Montceau-les-Mines, perdue par le PS en 2014, repasse à gauche de justesse dans une quadrangulaire avec 33,69 % des voix face à la droite et un RN à 29,10 % .

En Bretagne, le PS a beaucoup perdu lors des seconds tours alors que parallèlement la FI entrera dans les conseils municipaux des 4 préfectures. Vouloir briguer un cinquième mandat pour François Cuillandre à Brest lui a été fatal. Pour qu’il propose une fusion avec la FI pour le second tour, il fallait vraiment qu’il soit en très mauvaise posture.

A Saint-Brieuc, seule ville avec un maire du parti de Glucksmann, le refus d’un accord avec la FI a fait basculé la ville à droite.

A signaler qu’à Lorient la fusion du PS derrière EELV au second tour n’a pas permis de l’emporter alors que la somme des voix de gauche du premier tour était favorable. Bizarrement là personne n’a fait des tonnes de discours médiatiques pour dénoncer cette fusion infructueuse et traiter le PS de boulet

A Périgueux le maire PS sortant a refusé la fusion avec la liste FI qui avait obtenu 8,62 % ouvrant ainsi la voie à la victoire de la droite.

Le fait de refuser des fusions de liste de deuxième tour avec la FI n’a pas garanti la victoire des sortants PS ou DVG. Appartenir à l’aile droite du PS ne garantit absolument pas la réélection. Visiblement les électrices et électeurs préfèrent l’original à la copie comme on dit souvent, et dans ces cas un maire centriste ou de droite.

Un dégagisme contre les sortants PS et PC ?

On a surtout l’impression d’avoir assisté à une sorte de dégagisme frappant les maires PS et parfois PC alors que la droite a été moins concernée par ce type de mouvement. Bayrou a surtout payé sa gestion de l’affaire Betharam.

Ainsi à Champigny-sur-Marne, mairie communiste depuis la Libération, en 2014 la liste Union de la gauche conduite par Dominique Adenot PCF obtient 43,47 %, le FN 12,45 %, la liste Union de la droite 37,13 %. Au second tour 47,73 % pour l’Union de la gauche, 8,10 % pour le FN qui perd 4,30 points et 44,15 % pour la droite qui gagne 7 points. En 2026, la liste Union de la droite est élue dès le premier tour avec 53,35 %, alors que la liste Union de la gauche conduite par le PCF obtient 30,83 % et la liste FI 13,54 %. Il faut remarquer que cette fois-ci bizarrement il n’y a pas de liste RN au premier tour.

Corbeil-Essonnes, que Bruno Piriou avait arraché à la droite en 2020, est malheureusement largement perdue cette fois-ci.

A Vierzon, ville à gauche depuis la Libération dont 48 ans PCF, la candidate communiste a refusé la fusion avec la FI (7,81 % au 1e tour). Malgré le report de voix qui a fait abstraction de ce refus, le RN a gagné la ville.

Au total, selon Roger Martelli dans un article paru dans Regards, le PC perd 45 villes dont 12 de plus de 10 000 habitants avec 6 passant à l’extrême droite dans les bastions historiqueshttps://regards.fr/communisme-municipal-une-resistance-sous-tension/

A Draguignan, le RN rate l’élection au second tour de 206 voix face au maire de droite sortant. Dans cette ville qui avait eu un maire PS jusqu’en 1984 puis de 1995 à 2001, la liste regroupant toute la gauche sans exception atteint tout juste 8,40 % !

Quelques victoires pour le PS et le PC

Dans le cadre de triangulaires avec droite et RN, le PCF a réussi à reprendre Nîmes qu’il avait dirigé à plusieurs reprises. Aubagne qu’il a dirigé pendant 50 ans après y avoir été battu en 2014 a été gagné par une alliance large de la gauche. A noter que dans ces deux villes, les listes FI font des scores inférieurs à 5 %, l’espoir de battre la droite ayant provoqué un vote utile massif à gauche.

Les villes conquises par le PS hors région parisienne, le sont toutes dans le cadre de triangulaires ou de quadrangulaires (Pau, Bergerac, Saint-Étienne, Amiens, Agen ) avec des scores oscillant entre 39,05 à Agen et 44,13 à Saint-Étienne mais n’atteignant jamais les 50 % (à l’exception de Blois dont tout le monde a oublié que Jack Lang en avait été maire). Certes le PS peut se vanter du nombre de villes avec un.e maire PS mais globalement il ne gagne aucune ville seul. Cela ne l’empêche pas de retrouver ses réflexes d’hégémonie, accentués par l’effacement de EELV et de proclamer que pour la présidentielle le rassemblement doit se faire derrière son candidat. Adieu la primaire dont il fallait être bien naïf pour croire que le PS accepterait de se ranger derrière François Rufin, Clémentine Autain voire même Marine Tondelier.

Lorsque des listes FI ont obtenu 10 % ou plus et se sont maintenues au second tour sans fusionner, le score est en général inférieur de 1,22 à 3,89 points. Mais dans quelques cas comme à Rennes la liste voit une progression de +1,22 points et encore mieux à Metz où Charlotte Leduc augmente son score de premier tour de 7 points et passe devant la liste PS.

Dans les cas de fusion à gauche, la somme des scores de premier tour est quasiment toujours au niveau du score de second tour quelque soit l’étiquette de la tête de liste. Par contre effectivement une tête de liste FI (ou PC?) mobilise des abstentionnistes de droite du premier tour et permet ainsi les victoires de la droite à Toulouse, Limoges, Brest …

Aucune des 9 listes menées par Place Publique, dont le maire sortant de Saint-Brieuc, à l’exception du 20e arrondissement de Paris qui n’est pas une municipalité de pleine autonomie, n’a gagné. Par ailleurs plusieurs de ses candidat.e.s se présentaient sur des listes macronistes. Drôle de conception de la clarté si revendiquée par Raphaël Glucksmann. Pour plus de détail l’excellent article paru dans Blast https://www.blast-info.fr/articles/2026/cher-raphael-glucksmann-boxing-day-74-x5HdNWIBS0qGka_Yc2Yivg

La perte des villes emportées par EELV en 2020, tout sauf une surprise

La surprise c’était plutôt 2020. Les scores écolos de l’époque peuvent s’expliquer par les mobilisations très fortes pour le climat qui ont eu lieu dans les mois précédents et que le Covid a brutalement interrompu. Cette préoccupation pour le réchauffement climatique a trouvé un débouché lors des élections municipales qui ont suivi.

Le PS n’a jamais vraiment accepter ces victoires au point de refuser cette année de partir derrière les maires écolos sortants comme à Strasbourg, Poitiers, Colombes. Dans d’autres villes cela a donné lieu à d’âpres négociations. Il est donc étonnant que la direction de EELV ait pu croire que cette exception de 2020 allait se renouveler. Pour essayer de sauver les 8 villes gagnées à l’époque, la direction de EELV a fait le choix d’une stratégie d’alliances systématique passant par une négociation nationale. Ce qui n’empêchait pas Marine Tondelier d’aller répéter dans tous les médias que tout se décidait au niveau local. Malgré cela, et grâce à des fusions de second tour avec la FI, Lyon, Grenoble et Tours ne passent pas à droite.

Cinq ont été perdues : Poitiers, Colombes et Besançon malgré les alliances de second tour avec la FI ; Annecy ; Bordeaux avec refus de fusion et Strasbourg à cause de la fusion de la honte de Trautmann avec la liste présentée par Horizons au premier tour dont la tête de liste devient 3ème adjoint. Et le PS ose revendiquer Strasbourg comme une victoire ? Cette mise en scène avec un dirigeant du parti de Edouard Philippe représente-t-elle les prémices d’une alliance plus large ?

Il reste un cas qui est passé sous les radars, c’est la perte de Bègles avec 240 voix de différence, gagnée en 1989 par Noël Mamère contre le PCF, plus grande ville administrée par les écologistes pendant 36 ans.

A Paris, pour la première fois il n’y a pas eu de liste écolo au premier tour. EELV disparaît de fait des photos de Emmanuel Grégoire qui a préféré mettre en avant Lucie Castets plutôt que David Belliard. Depuis toujours la fusion se faisait au second tour sur la base des scores de premier tour. Ainsi en 2001 les Verts obtenaient 12,35 % des voix (depuis leur score a toujours été inférieur) leur permettant de fusionner avec les listes PS-PC de Bertrand Delanoë avec des exigences programmatiques fortes : lancement des travaux du tramway, pistes cyclables, espaces verts, aides sociales aux plus précaires etc.

Une des rares villes où EELV a maintenu cette tradition de liste autonome au premier tour a été Lille. Mais la direction a pesé pour se rallier au PS au second tour alors qu’il semble que la majorité des adhérents était pour une fusion avec la FI. Cela expliquerait les 10 points supplémentaires obtenus par la liste FI au second tour face à la liste PS-PC-EELV

Trois villes sont gagnées en IDF : Villepinte, Conflans-Sainte-Honorine, Bagnolet, . Pour la petite histoire, la tête de liste EELV qui l’a emporté à Bagnolet, Edouard Dénouel, était à la FI en 2020 avant d’être écarté des municipales sous pression de Raquel Garrido. Cela explique pourquoi elle ne pouvait être sur cette liste et a dû se contenter de la liste PS. Et ne pas être élue.

Sur les cinq plus grandes villes gagnées par un maire EELV, Lyon, Grenoble, Tours, Bagnolet, Villepinte, les 4 premières ne l’auraient pas été sans la FI.

Au final une première apparition de la FI plutôt réussie

Certes Faches-Thumesnil, ville de plus de 10 000 habitants, a été perdue. Mais la FI l’emporte dans différentes configurations politiques, dans une dizaine de communes dont 7 villes de plus de 30 000 habitants (Saint-Denis avec Bally Bagayoko, La Courneuve avec Aly Diouara, Roubaix avec David Guiraux, Vaulx-en-Velin avec Abelkader Lahmar, Vénissieux avec Idir Boumertit, Creil avec Omar Yaqoob, Le Tampon à La Réunion avec Alexis Chaussalet en alliance avec le PLR parti de Huguette Bello). Elle obtient de très nombreux conseillers municipaux et communautaires un peu partout en France.

Petit rappel pour ceux qui essaient de minimiser ces victoires en soulignant le fait qu’il s’agit d’alliances de premier ou second tour. L’étiquette attribuée est toujours celle de la tête de liste donc comme on parle de victoires du PCF à Nîmes, Saint-Denis ou La Courneuve sont une victoire de la FI.

De même comparer le nombre de maires FI, force politique créée il y a 10 ans, avec ceux de partis existant depuis plus d’un siècle (PC mais aussi PS comme continuité de la SFIO) ou même les Verts créés en 1984 soit il y a 40 ans, est plutôt de mauvaise foi. Le vote utile, tant avancé pour expliquer le score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022, a donc là aussi fonctionné à plein, pour les listes FI arrivées en tête comme pour les listes de gauche hors FI en situation de gagner.

Quant à la différence de voix obtenues entre les européennes et les municipales, elle est indéniable. Mais elle s’explique par la différence des enjeux : l’électorat de gauche peut être content des maires sortants ou douter de la capacité de victoire des listes FI et préférer assurer la victoire à gauche. D’ailleurs dans les villes où la FI était donnée comme pouvant gagner comme Saint-Denis et Roubaix, les listes FI ont obtenu plus de voix même en y incluant les voix des partenaires des élections européennes.

Si j’ai donné tant d’exemples concrets, c’est pour montrer la réalité : sans le sens de responsabilité de nombreuses listes FI, la droite ou l’extrême droite aurait emporté bien plus de villes. Et comme le reconnaissent nombres d’analyses effectuées depuis quelques jours, la perte de villes de gauche n’est pas de la responsabilité de la FI mais est le résultat de l’usure d’un certain nombre de maire PS ou PC sortants. Ainsi plusieurs villes, comme je l’ai montré plus haut, ont été perdues dès le premier tour. Les défaites lors des seconds tours malgré des fusions avec des listes FI ne présentent pas de baisse significative du total des voix de gauche du premier tour mais par contre une surmobilisation de l’électorat de droite au second tour.

Avec le lynchage permanent dont sont l’objet Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, le contraire aurait été étonnant. Il faut souligner aussi les ingérences étrangères ayant visé Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix.

Remettre en cause le libéralisme ne peut attirer qu’une opposition violente comme on le voit ces derniers jours plus particulièrement contre tous les élu.e.s issus de la diversité des départements populaires comme le 93 ou le 95. Bien aidée par des médias sous la coupe de plusieurs milliardaires, la droite de ce pays, au lieu de se réjouir de voir que notre peuple est multiple et varié mais unis dans l’amour de la République, préfère remettre en cause ces élu.e.s à l’aide de rumeurs et de fake news diffusées par l’extrême droite.

Ces nouveaux maires, (ce sont surtout des hommes), ne sortent pas de nulle part. Avec ou sans appartenance à un parti de gauche, ils ont tous été partie prenante de luttes dans leur ville, pour certains ils ont déjà été élus municipaux. L’espoir de leur élection a fait reculer l’abstention au second tour, mais hélas au premier tour il reste encore beaucoup de boulot à faire pour convaincre les électrices et électeurs de se rendre plus massivement aux urnes.

Nous avons commencé à briser le plafond de verre. A nous de montrer que cela vaut le coup pour l’amélioration de la vie quotidienne d’avoir une équipe plurielle menée par un.e maire insoumis.e.


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